L’Architecte Fatouma Touré formée à l’ESIAU interviewé sur Afribone

La ville de Djenné, en perte de son originalité. F.T : « Mon objectif a été d’interpeller l’opinion nationale et inter… »

La ville de Djenné, en perte de son originalité. Fatoumata Touré : « Mon objectif a été d’interpeller l’opinion nationale et inter… »

Diplômée de l’Ecole d’Ingénierie d’Architecture et d’Urbanisme de Bamako (ESIAU), Fatoumata Touré est une passionnée de l’architecture de terre. Elle est aussi auteure d’un essai intitulé : « Perspectives et alternatives pour le maintien du patrimoine architectural de Djenné », une ville classée en 2016, comme patrimoine mondial de l’UNESCO et qui peu à peu est en train de perdre son originalité . Dans l’interview qui suit, Fatoumata Touré propose des solutions qui contribueraient à préserver ce joyau.

Afribone : Vous êtes diplômée d’une Ecole d’Ingénierie d’Architecture et d’Urbanisme, dites-nous, c’est quoi l’architecture ?

Fatoumata Touré : je dirais tout simplement que, l’architecture est l’art de bâtir les édifices.

Afribone : Vous avez écrit un essai sur ‘‘la ville de Djenné ’’, paru aux Editions Universitaires Européennes, pourriez-vous nous faire une brève présentation de cette ville ?

F.T : Djenné est l’une des villes les plus anciennes de l’Afrique sub-saharienne, située à plus de 570 km du nord-est de Bamako, son climat est de type sahélo-saharien , chaud et humide ; c’est le chef-lieu d’un cercle du même nom . Selon un récit oral, cette ville tire sa fondation de l’histoire d’une jeune fille vierge, de l’ethnie Bozo qui avait été sacrifiée lors de la construction d’une ville appelée Tampama Djenneko ; au moment où fut entreprise la construction de cette ville, les murs s’effondraient au fur et à mesure qu’on essayait de les ériger. Au terme d’une longue interrogation, les devins dirent : pour que ces murs se maintiennent et que la ville devienne prospère, il fallait sacrifier une jeune fille vierge de l’ethnie Bozo et fille unique de ses parents. C’est ainsi, que le choix fut porté sur Pama kayantao. Je rappelle que ce fait s’est produit avant que, la ville ne se convertisse à l’Islam ; après ce sacrifice la ville connut un développement rapide.

Afribone : En écrivant cet ouvrage, quel a été votre objectif ?

F.T : Mon objectif a été d’interpeller l’opinion nationale et internationale sur l’Etat actuel de la ville de Djenné, qui certes, classée patrimoine mondial est en train de perdre son éclat, sa particularité. C’est une situation alarmante, l’architecture des façades des maisons est le plus souvent dégradée par l’apport des nouveaux matériaux comme le béton de ciment.

Afribone : La ville de Djenné est classé patrimoine mondial de l’UNESCO, après les pays Dogon et les sites historiques de Tombouctou, quelle est sa particularité ?

F.T : Effectivement, la ville de Djenné a été classée patrimoine mondial lors de la 40e Session du Comité du patrimoine mondial tenue du 10 au 20 Juillet 2016 à Istanbul- Turquie . Mais ce n’est pas la ville actuelle qui a été désignée patrimoine mondial c’est plutôt l’ancienne ville, reconnue par le monde entier pour son authenticité et son style architectural. Les maisons sont construites à partir de la terre, des briques fabriquées à la main et des matériaux tels que : le bois, sa particularité réside surtout dans la construction des bâtiments notamment au niveau des façades. A Djenné, nous avons trois sortes de façades : les marocaines, toucouleurs, et celles dites traditionnelles ou simples ainsi que les équipements emblématiques comme la grande mosquée, le Musée et le marché.

Afribone : Dans la ville de Djenné se trouve une Grande Mosquée, communément appelée : mosquée de Djenné, quels sont les principaux matériaux qui ont permis la construction de cette édifice ?

F.T : La mosquée de Djenné est faite en terre crue et d’un style architectural soudano-sahélien. Elle a été construite à partir des briques dites Djenné ferey, le tout premier modèle des briques à Djenné et les toubabous ferey . Parce qu’à Djenné on distingue deux sortes des briques : les briques Djenné ferey et les toubabous ferey.

Afribone : Comment sont les toitures à Djenné ?

F.T : Auparavant les toitures étaient en rognes, maintenant cette toiture est en voie de disparition au profit de du bois . Nous utilisons deux types de toitures à savoir : les 4 kandjè ( toiture à quatre angles) qui est utilisée pour les grandes dimensions et les 2 kandjè ( toiture à deux angles), pour les petites dimensions.

Afribone : Sur la couverture de votre livre, nous remarquons une main tendue, que signifie-t-elle ?

F.T : Cette main tendue sur la couverture de mon livre est un appel que je lance , Djenné, plus précisément ses habitants ont besoin d’aides, pour le maintien de ce patrimoine. D’où cette main-tendue qui réclame de l’aide tant interne qu’externe.

Afribone : Toujours dans votre ouvrage, cette fois-ci à la page 7, vous déplorez la situation actuelle de la ville de Djenné, en tant qu’architecte quelle solution proposez-vous ?

F.T : Construire sur le modèle des façades, revoir les édifices déjà construites en l’occurrence le marché de Djenné, renforcer et moraliser le savoir-faire des jeunes maçons, renforcer la collaboration avec l’UENSCO et autres partenaires, lutter contre le pillage des sites archéologiques.

Afribone : A la page 47 de votre ouvrage, vous parlez des bâtiments non intégrés, de quoi s’agit-il exactement ?

F.T : les bâtiments non intégrés ce sont des bâtiments en bétons, faits avec du ciment.

Afribone : Dans votre livre le mot crépissage a été employé à maintes reprises, que signifie ce jargon ?

F.T : Chaque année on fait le crépissage des murs de la mosquée de Djenné et des maisons pour les maintenir intacts , c’est une sorte d’enduis sur les murs extérieurs. Toute la population y participe activement.

Afribone : En tant que spécialiste en architecture, quels sont vos projets futurs pour la ville de Djenné ?

F.T : J’aime ma ville, en tant qu’architecte et native de Djenné , j’envisage de faire un plan pour la rénovation du marché qui se trouve à quelques mètres de la mosquée, en même temps ériger un monument au cœur de la ville en mémoire à cette jeune fille vierge de l’ethnie bozo qui fut sacrifiée pour la construction de la ville.

Darcia
Bamako, le 11 Novembre 2019
©AFRIBONE

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